Mardi 22 novembre 2005
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19:01
Je m’appelle Rémi, et je suis un berger allemand.
J’ai cinq ans et je pèse trente-sept kilos.
J’ai été adopté à l’âge de deux mois par celle qui allait devenir ma mère.
La première chose dont je me souvienne, est que je dérapais sur le carrelage, et ne parvenais pas à mettre une patte devant l’autre. Ca faisait rigoler ma mère et son chiot humain d’une
première union, mon demi-frère qui ne me ressemble pas du tout.
Comme je suis très susceptible, j’ai fait une tentative de suicide en me jetant de la terrasse. J’ai atterri cinquante centimètres plus bas en couinant. Personne n’ayant compris mon geste
désespéré, j’ai décidé de m’adapter à cette nouvelle vie.
Par Rémi
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Publié dans : le blog de Rémi
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Mardi 22 novembre 2005
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19:14
J’ai décidé d’avoir mon blog à moi.
C’est fashion, c’est tendance, c’est facile, et ça me permet d’occuper mes moments d’oisiveté qui sont nombreux.
Je ne suis pas plus idiot que la moyenne, tout juste plus "bête", mais tellement fier de l’être...
Je suis complètement autodidacte, et mon absence de culture est totale (je n’ai pas voyage, je ne vais ni au théâtre, ni aux expos au Musée d’Orsay, je ne lis pas beaucoup et la télé
m’endort).
Mais je comprends pas mal de choses, parce que j’ai la chance contrairement à vous, de percevoir toutes les phéromones de l’espèce canine, et probablement de la votre aussi.
J’ai en outre des sens très développés, et rien ne m’échappe.
Je suis inapte à la parole pour une question de larynx et synapses que la Nature n’a pas prévues à cet usage, mais je dois avouer que j’aime bien écrire.
Quand mes textes étaient manuscrits, personne n’y voyait de signification intelligible, mais l’entrée d’un PC dans mon foyer, il y a un an, m’a été d’un grand secours.
Les primates dont vous faites partie ont la chance d’avoir la capacité de la préhension avec les pattes avant, et donc la possibilité de tenir un crayon, moi non. Je n’ai que quatre doigts
et un pouce qui ne me sert à rien, le tout avec des griffes non rétractiles, et des gros coussinets qui me gênent pour les petits travaux de précision.
Le clavier m’a enfin permis de surmonter ces menus inconvénients liés à mon physique…
Par Rémi
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Jeudi 24 novembre 2005
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19:21
Je n’étais encore qu’un petit chiot innocent avec une forte odeur de chenil dans les poils, mais
j’ai vite compris que le chef de meute, et le maître des gamelles pour mon demi-frère et moi, c’était ma mère. Et pas question de lui usurper ce statut.
J’ignore où elle avait appris ça, mais elle s’est comportée comme ma mère biologique pour me signifier son autorité. Quand j’essayais de prendre le pouvoir dans la maison, elle me mettait
sur le dos jusqu’a ce que j’arrête de gigoter. Un jour j’ai essayé de la mordre pour me dégager et elle m’a aussitôt mordu à la babine. J’ai pleuré. Le chiot humain s’est insurgé contre tant de
brutalité, et elle lui a expliqué que quand je serai grand, je serai lourd et fort, avec des gros chicots, et que si on me laissait mordre et faire ce que je voulais, j’allais devenir un gros con
de chien pas fréquentable.
En fait, c’était bien comme ça. On m’a acheté plein de jouets pour que je puisse m’amuser à mordre, et tout le monde était content.
Encore maintenant, ma mère essaye de me faire peur. L’autre jour je suis allé dans un coin du jardin, sans demander d’autorisation préalable, pour y faire une reconstitution de Verdun.
J’ai creusé quelques tranchées pour voir si en cas d’attaque thermo nucléaire, je pourrais m’y cacher facilement. Ne cherchant même pas a comprendre le bien-fondé de ma démarche, ma mère m’a
vertement engueulé, puis menacé de finir mes jours avec une muselière, devant une BNP avec un vigile fou amoureux des chats. Je ne l’ai pas crue, mais cette sinistre évocation m’a fait froid dans
le dos jusqu’au bout de la queue.
Je continue néanmoins mes recherches mais plus discrètement. Je fais semblant de jouer au football, et ni vu ni connu je t’embrouille, je shoote le ballon là où je peux creuser sans être
vu.
De toute façon, le jardin de ma mère ressemble a l’Amazonie, et j’ai négocié une marge de manoeuvre pour y faire un peu ce que je veux, contre une interdiction formelle de pipi caca sur
l’herbe. Parce que madame qui marche pieds nus ne veut pas gambader en terrain miné.
Par Rémi
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Dimanche 4 décembre 2005
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19:58
Les usages de la maison de ma mère ne sont pas trop contraignants à mon égard. Tout ce qu’on me
demande est d'être un mec sympa, et de ne pas faire de coups en douce.
J'avais un pote boxer qui, dès que sa maison était vide de présence humaine, s’occupait à faire des tests. Il testait la solidité des meubles, la résistance du bois à une pression de
crocs, les possibilités aéronautiques des tapis, etc. Il faisait aussi des essais gastronomiques de pâtées et boissons pour humains, et des tests pharmaceutiques. Ainsi, il s'est un jour fait son
propre cobaye pour éprouver l'effet d’une plaquette de laxatifs. Il m'a expliqué par la suite qu'il s'agissait de faire passer le message "tu me fais chier" à son papa. Les humains, n’étant guère
subtils, le papa a fait le ménage en disant à son chien "tu me fais chier". Faut-il être borné, nom d'un chien !
Un jour, il a mangé des piles électriques (le boxer, pas le type), et il a failli y passer sur le billard d'un vétérinaire. Depuis, il modère ses indigestions de savoir et de
connaissances, et ne mange plus que des livres.
Moi, je n'ai jamais été tenté par ces expériences, j'ai l'appétit délicat...
Mon drame permanent est de ne pas avoir le droit de demander à manger quand ma mère et son autre chiot sont à table. Alors je mets en oeuvre toutes sortes de chantages affectifs.
Phase 1 : je pose ma truffe sur la table et je les implore d'un regard où on peut lire toute la misère du monde canin. En réponse, je me fais traiter de clochard.
Phase 2 : je simule une crise d'hypoglycémie, et je tombe par terre. Je m'arrange pour qu'ils entendent le bruit sourd de la chute de mon corps famélique sur le sol. Et à chaque fois, il y
en a un des deux pour dire la bouche pleine, et sans se retourner "Tiens ! Voila Rémi qui fait un malaise!".
Par contre, je ne dis jamais non à une Pelforth brune. Ma mère me dit que j'ai le droit tant que je ne prends pas la voiture pour sortir.
Par Rémi
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Vendredi 16 décembre 2005
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23:08
J’ai été débusqué aujourd’hui. J’avais entrepris l’écriture à même la terre d’un
scénario guerrier. Faut dire que je n’y suis pas allé de patte molle, et ma mère a tout découvert. Le trou dans le jardin, les traces de pattes sur le canapé, et la terre que j’avais encore sur
la tête et les babines. Je n’avais pas même eu le temps de passer à la salle de bain, me mettre un coup de brosse et faire une toilette de chat. Flagrant délit caractérisé. Et puis moi, je ne
sais pas mentir. Quand elle m’a dit Qu’est ce que t’as fait vilain ? Je me suis couché par terre, avec un air de chat battu, et j’ai mis mes oreilles à l’envers . Je préfère encore prendre un air
très con et irresponsable, que de jouer à l’innocent. Elle m’a fait asseoir devant elle, et a commencé à m’expliquer que la guerre était finie depuis longtemps, qu’elle ne voulait pas d’une
neo-occupation allemande sur son territoire, et qu’il était hors de question que je sois à l’origine d’un Reich canin.
Et puis elle a fait quelque chose qui m’est très désagréable, elle m’a regardé droit dans les yeux. Primo, les yeux d’humains
c’est très moche, il y a plein de blanc autour du rond de couleur, et puis deuxio, chez nous les bêtes, ce regard fixe n’est pas un bon signe. Et ça, elle le sait, ma chienne de
mère...
Nous les chiens, on a beau s’être adaptés depuis longtemps aux manies des bipèdes, il reste des comportements paradoxaux entre
nous. Regarder dans les yeux est un signe d’agressivité, une provocation qui appelle à la bagarre. Moi, ça me met très mal à l’aise, et ça me fait même pleurer.
Mais il y a bien pire encore : Montrer les dents. Pour un chien, ou n’importe qui ayant des crocs un tant soit peu pointus,
montrer les dents, c’est montrer ses armes, c’est l’ultime menace. Une seule alternative : soit l’adversaire se couche, soit il faut attaquer. Et les humains ne peuvent pas s’empêcher de montrer
leurs ratiches. Ils appellent ça "sourire". Et ils croient nous plaire à nous sourire pour un wouaf pour un non. Il faudrait qu’ils modèrent l’usage de ce rictus à l’exclusivité de l’espèce
humaine. Et qu’ils cessent de jouer de la babine devant nous autres les chiens.
Est-ce que je leur demande de remuer la queue, moi ?
Par Rémi
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Publié dans : le blog de Rémi
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c'est vous qui le dites