Brimades
Publié le 16 Décembre 2005

J’ai été débusqué aujourd’hui. J’avais entrepris l’écriture à même la terre d’un scénario guerrier. Faut dire que je n’y suis pas allé de patte molle, et mon humaine a tout découvert. Le trou dans le jardin, les traces de pattes sur le canapé, et la terre que j’avais encore sur la tête et les babines. Je n’avais pas même eu le temps de passer à la salle de bain, me mettre un coup de brosse et faire une toilette de chat. Flagrant délit caractérisé. Et puis moi, je ne sais pas mentir. Quand elle m’a dit Qu’est ce que t’as fait vilain ? Je me suis couché par terre, avec un air de chat battu, et j’ai mis mes oreilles à l’envers . Je préfère encore prendre un air très con et irresponsable, que de jouer à l’innocent. Elle m’a fait asseoir devant elle, et a commencé à m’expliquer que la guerre était finie depuis longtemps, qu’elle ne voulait pas d’une neo-occupation allemande sur son territoire, et qu’il était hors de question que je sois à l’origine d’un Reich canin.
Et puis elle a fait quelque chose qui m’est très désagréable, elle m’a regardé droit dans les yeux. Primo, les yeux d’humains c’est très moche, il y a plein de blanc autour du rond de couleur, et puis deuxio, chez nous les bêtes, ce regard fixe n’est pas un bon signe. Et ça, elle le sait, ma chienne de mère...
Nous les chiens, on a beau s’être adaptés depuis longtemps aux manies des bipèdes, il reste des comportements paradoxaux entre nous. Regarder dans les yeux est un signe d’agressivité, une provocation qui appelle à la bagarre. Moi, ça me met très mal à l’aise, et ça me fait même pleurer.
Mais il y a bien pire encore : Montrer les dents. Pour un chien, ou n’importe qui ayant des crocs un tant soit peu pointus, montrer les dents, c’est montrer ses armes, c’est l’ultime menace. Une seule alternative : soit l’adversaire se couche, soit il faut attaquer. Et les humains ne peuvent pas s’empêcher de montrer leurs ratiches. Ils appellent ça "sourire". Et ils croient nous plaire à nous sourire pour un wouaf pour un non. Il faudrait qu’ils modèrent l’usage de ce rictus à l’exclusivité de l’espèce humaine. Et qu’ils cessent de jouer de la babine devant nous autres les chiens.
Est-ce que je leur demande de remuer la queue, moi ?
